Atelier scientifique sur l’AMP d’Al Hoceima coorganisé par l’Association AGIR, la Direction des Pêches Maritimes (DPM) et l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) – 12 et 13 mai 2025 à Al Hoceima
L’Association « AGIR» de Gestion Intégrée des Ressources a co-organisé, en partenariat avec la Direction des Pêches Maritimes (DPM) et l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF); les 12 et 13 mai à Al Hoceima, un atelier scientifique marqué par le lancement du projet « Amélioration de la gestion intégrée de la biodiversité et des écosystèmes marins dans l’aire marine protégée d’Al Hoceima ».
En ouverture Houssine Nibani, président de l’association AGIR, a salué la diversité des profils présents – représentants institutionnels, chercheurs, acteurs locaux, coopératives et jeunes – et a insisté sur la nécessité d’une action collective, concrète et ancrée dans le territoire. Il a rappelé que cet atelier visait à jeter les bases d’un modèle de gestion intégrée et participative des Aires Marines Protégées, en renforçant les synergies entre science, gouvernance, initiatives citoyennes et économie durable. Il a exprimé sa reconnaissance à l’Ambassade de France pour le soutien financier et stratégique apporté à ce projet dans le cadre du programme « Eau et Biodiversité », qui permet aujourd’hui d’expérimenter sur le terrain des solutions fondées sur la nature et des approches novatrices de cogestion
Ont également pris la parole :
- Rania FATIH (Direction des Pêches Maritimes), qui a souligné le rôle central des Aires Marines Protégées dans la stratégie nationale pour une économie bleue inclusive. Elle a mis en avant la volonté du ministère d’encourager des approches participatives, tout en insistant sur l’urgence d’outiller les acteurs locaux avec des cadres réglementaires clairs, des formations adaptées et une coordination renforcée.
- Omar KADA (INRH), qui a attiré l’attention sur la spécificité de la Méditerranée, une mer semi-fermée soumise à de fortes pressions, où l’état des stocks halieutiques se détériore. Il a appelé à renforcer la production de données scientifiques locales et leur partage à travers des plateformes communes sous forme de partenariats officielles.
- Souhail KARIM (Directeur du Parc National d’Al Hoceima, ANEF), qui a insisté sur la nécessité d’un suivi écologique plus rigoureux, basé sur des indicateurs locaux pertinents. Il a plaidé pour une gouvernance territoriale renforcée, fondée sur l’écoute des communautés et le partage de responsabilités avec les acteurs locaux.
- Wissam KHOUYA (Ambassade de France), qui a présenté les grandes orientations du programme “Eau et Biodiversité” soutenu par l’Ambassade, en mettant en lumière l’engagement en faveur de la jeunesse, de la gouvernance inclusive et de la protection des milieux naturels. Elle a salué le projet AGIR comme un exemple de terrain à fort potentiel de réplication.
- Mohamed EL BAKKALI (FSTH), qui a rappelé que la Faculté des Sciences et Techniques d’Al Hoceima forme depuis plus d’une décennie des jeunes diplômés à la gestion du littoral. Il a souligné le rôle structurant du partenariat entre la FSTH, l’Observatoire Marin , AGIR , ANEF , DPM , INRH et d’autres institutions de recherche pour accompagner les projets de conservation.
- Hicham BOUZIANE (Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima), qui a rappelé les possibilités de financement offertes par la région, notamment en matière d’appui aux coopératives maritimes, aux jeunes entrepreneurs et aux projets liés à l’écotourisme et à l’innovation dans l’économie bleue.
- Aziz CHAHBOUNI (APDN), qui a souligné que la durabilité environnementale ne peut réussir sans une implication réelle des dynamiques locales. Il a insisté sur le rôle des acteurs de terrain, des femmes et des jeunes dans la concrétisation des objectifs environnementaux régionaux et nationaux.rappelant les engagements du Maroc pour une économie bleue responsable,
Temps forts de la matinée :
Deux présentations ont permis de planter le décor réglementaire et scientifique :
- Un point sur le cadre de gestion des AMP au Maroc par Rania Fatih,
- Un état des lieux scientifique des ressources halieutiques et de leur fragilité par Omar Kada.
Table ronde 1 : Gouvernance des AMP :
Animée par Aziz Chahbouni, cette première table ronde a réuni plusieurs institutions et experts pour débattre des conditions de succès d’une gouvernance réellement participative des Aires Marines Protégées. Le débat a mis en lumière de nombreux freins concrets :
Le manque d’information ciblée pour les acteurs locaux, en particulier les pêcheurs et les jeunes,
Les lourdeurs administratives freinant les initiatives innovantes telles que le pesca-tourisme ou l’écotourisme marin,
L’absence de cadre juridique clair pour des activités hybrides qui mêlent conservation, valorisation économique et éducation environnementale.
Parmi les propositions formulées :
- L’élaboration d’un statut légal spécifique pour les initiatives économiques compatibles avec les objectifs des AMP, en renforçant les partenariats locaux , nationaux , régionaux et internationaux
- La mise en place de formations de proximité pour accompagner les communautés côtières dans l’appropriation des enjeux de gouvernance,
- L’utilisation accrue des plateformes numériques collaboratives, permettant de visualiser en temps réel les activités marines, d’intégrer les données issues du suivi écologique et de favoriser la transparence dans la prise de décision.
Les participants ont souligné qu’une gouvernance efficace ne peut se construire sans une claire répartition des rôles, la valorisation des savoirs locaux et la mise en réseau des initiatives pilotes à l’échelle régionale et méditerranéenne.
Table ronde 2 : Pêche durable et initiatives locales
Sous la modération de Houssine Nibani, cette table ronde a exploré les pratiques de pêche actuellement en usage dans la région d’Al Hoceima, avec une attention particulière portée sur celles jugées destructrices : pêche au chalut dans des zones sensibles, usage de dynamite, et autres activités illégales. Ces pratiques, bien que marginales, continuent d’exister et menacent durablement les équilibres écologiques de l’AMP.
Les intervenants ont mis en avant l’urgence d’un encadrement renforcé, mais aussi d’alternatives crédibles, notamment via le soutien aux pratiques traditionnelles durables, ainsi que des pratiques alternatives qui nécessitent la récupération et l’amélioration des techniques de pêches , notamment à travers l’Institut des Technologies de pêches . À ce titre, les savoirs locaux des pêcheurs ont été reconnus comme des ressources essentielles, souvent ignorées dans les processus décisionnels.
Une attention particulière a été portée au rôle des coopératives féminines, notamment celle de Mednass, qui confectionne des nasses biodégradables. Ces initiatives constituent des exemples tangibles de solutions locales alliant savoir-faire traditionnel, innovation environnementale et création de valeur.Les jeunes ont été identifiés comme des acteurs clés du changement, capables de porter les innovations technologiques, d’intégrer les normes de durabilité, et de jouer un rôle de médiation entre générations de pêcheurs. Enfin, les conflits socio-écologiques ont également été abordés, notamment ceux causés par la présence de dauphins noirs qui endommagent les filets et provoquent des pertes économiques. Cela souligne la nécessité de mécanismes d’indemnisation, de dialogue et de recherche appliquée pour atténuer ces tensions.
Ateliers de l’après-midi
Atelier 1 – Suivi scientifique & outils numériques Autour d’intervenants de l’INRH, du PNAH, de la FSTH et d’AGIR, cet atelier a abordé les fondements nécessaires à un suivi écologique efficace, rigoureux et accessible.
Les échanges ont d’abord permis de définir une liste de jeux de données prioritaires pour le suivi des AMP, incluant les paramètres physico-chimiques, la biodiversité halieutique, les espèces indicatrices, les pressions humaines et les flux de pollution. Il a été recommandé d’adopter une approche différenciée selon les saisons et les zones sensibles.
L’implication des pêcheurs et des étudiants a été identifiée comme une voie centrale pour pérenniser la collecte de données, renforcer l’appropriation locale, et multiplier les retours d’expérience. M. KAISSARI Driss a souligné la nécessité de développer des protocoles de science participative, adaptés aux capacités techniques des communautés côtières.
L’atelier a également souligné l’importance de renforcer l’interopérabilité entre les différents acteurs autour de l’Observatoire marin d’Al Hoceima et de l’Université Abdelmalek Essaadi, désormais reconnu comme un véritable centre d’accueil universitaire. Cette interopérabilité repose sur la mise en réseau des bases de données locales (AGIR, ILIAD) avec les systèmes d’information nationaux (INRH, DPM). Elle implique l’adoption de formats de données harmonisés, de protocoles de partage ouverts et d’un cadre de gouvernance de l’information transparent. À cet égard, la formalisation de nouveaux partenariats, en particulier avec l’INRH, a été identifiée comme une priorité, comme l’a justement souligné M. KADA Omar.
Dès lors on pourra s’attaquer à d’autres volets de menaces , tel les sources principales de pollution côtière ont été rappelées : plastiques, microplastiques, rejets urbains non traités, effluents d’origines portuaires ou industrielles. Ces pressions affectent non seulement la santé des écosystèmes, mais aussi l’efficacité de toute activité qui s’inscrit dans l’économie bleue (Conchyliculture , Ecotourisme…)
Enfin, les participants ont souligné le besoin urgent de mettre en place des mécanismes de coordination locale pour répondre efficacement aux événements critiques tels que les marées noires, la mortalité massive d’espèces ou encore la pollution accidentelle. Il a été proposé d’élaborer un plan d’alerte partagé, mobilisant les autorités, les ONG, les chercheurs et les usagers du littoral. À cet égard, Mme Karima khalil (Université Cadi Ayyad) et M. Khalid EL KALAY (École Supérieure de Technologie d’Essaouira – UCA) ont mis en avant l’expertise de leur établissement dans le domaine de l’ingénierie environnementale et des systèmes d’alerte, en soulignant la valeur ajoutée d’un partenariat renforcé pour développer des outils de veille, de réponse rapide et de formation continue adaptés au contexte local.
Atelier 2 – Coopératives, genre et écotourisme :
Cet atelier a mis en lumière la sous-valorisation du rôle des femmes dans la pêche artisanale, leur savoir-faire spécifique, ainsi que leur capacité à structurer des initiatives durables au sein des communautés côtières. Les échanges ont permis d’illustrer cette réalité à travers des exemples concrets, comme les coopératives féminines, qui conjuguent activités de valorisation des ressources marines et innovation écologique.
L’atelier a insisté sur le potentiel du développement d’un écotourisme marin encadré, fondé sur une co-construction avec les communautés locales et intégrant les dimensions culturelles, environnementales et économiques. Ce type de tourisme, respectueux des habitats sensibles, peut devenir une source de revenus alternatifs pour les familles de pêcheurs, notamment durant les périodes de repos biologique.
La discussion a aussi mis en évidence le besoin de formations ciblées, tant sur les aspects techniques (accueil, médiation, interprétation du patrimoine naturel) que sur la gestion administrative et commerciale. Ces formations doivent s’accompagner de partenariats solides entre opérateurs touristiques, coopératives locales, universités et collectivités territoriales.
Enfin, les participants ont souligné l’intérêt stratégique de créer des synergies opérationnelles entre la conchyliculture (avec ses vertus de régulation écologique), les actions de sensibilisation environnementale, et la mise en valeur des produits bleus durables à travers des circuits courts, des labels de qualité et une meilleure visibilité sur les marchés régionaux et touristiques.
Zoom spécial – Conchyliculture & régulation naturelle
Un point important a porté sur le rôle structurant de la conchyliculture comme solution fondée sur la nature, illustrée notamment par le projet pilote du Plan Bleu au Maroc. Cette activité, souvent sous-estimée dans les politiques de conservation, représente à la fois un levier économique local, un outil de régulation écologique et un indicateur de la qualité des écosystèmes côtiers.
Les moules filtreuses, par leur capacité à absorber les matières en suspension et certains polluants, contribuent activement à l’amélioration de la qualité de l’eau dans les zones marines semi-fermées comme la baie d’Al Hoceima. Cette fonction écosystémique en fait un véritable service régulateur, à intégrer dans les stratégies de gestion des AMP.
Pour garantir leur bon fonctionnement, ces fermes nécessitent des conditions environnementales strictes, notamment une eau de qualité A, ce qui implique un suivi environnemental permanent. À cet effet, l’Observatoire Marin d’Al Hoceima, avec ses capteurs marins et son système d’alerte en temps réel intégré à la plateforme européenne ILIAD, permet de collecter et d’analyser des données sur la température, la turbidité, le pH, l’oxygène dissous et autres paramètres critiques.
Les participants ont recommandé d’encourager davantage ce type d’exploitation dans les AMP, non seulement pour sa valeur productive, mais aussi comme outil de suivi biologique complémentaire aux indicateurs classiques. La conchyliculture pourrait ainsi devenir un pilier transversal entre conservation, économie circulaire et éducation environnementale, notamment si elle est associée à des circuits pédagogiques et à l’écotourisme scientifique. comme solution nature-based. En plus de produire une ressource économique, les moules agissent comme des filtres biologiques, améliorant la qualité de l’eau. Pour fonctionner, ces exploitations ont besoin d’une eau de qualité A, rendant indispensable un suivi rigoureux assuré par les capteurs de l’Observatoire Marin d’AGIR et la plateforme ILIAD. Ces fermes sont aussi de bons indicateurs biologiques de l’état de l’environnement.
Clôture & perspectives En clôture, les participants ont réaffirmé l’importance de bâtir des ponts entre science, action locale et institutions. L’initiative a été choisie comme un exemple marocain de gestion durable intégrée ancrée dans le territoire et connectée aux dynamiques globales à la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 2025 à Nice).
















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